Déjà, le titre était original. La facture attirante. Et puis j’en avais tellement vendu chez Archambault qu’il fallait que je le lise, pour voir. Hum… Après avoir lu les 139 pages de bonbons et d’amour bonbon, disons que j’hésite entre vous dire que vous devez lire ou que vous devez fuir ce roman.
Emma, jeune fille de 15 ans au début du livre, aime l’amour et veut aimer. Les hommes qu’elle rencontre et qui font gonfler son caramel (une image plus que récurrente pour parler de son désir) portent tous le nom d’une sucrerie (voir ci-dessous). En neuf chapitres, Emma découvre donc des amants tous plus… indigestes les uns que les autres – sauf pour Chocolat, vous aurez deviné. Voici mon appréciation.
Guimauve. La maîtrise du français est indiscutable, mais le style est agaçant. Des figures et des figures pour parler du caramel. Et il n’y a pas à dire, la narration est faite par une naïve et immature jeune fille.
Sucre d’orge. J’ai mal au coeur. Je ne digère pas les raccourcis en littérature ni l’accumulation d’images déjà ternes. On a compris! Donc, on ne peut pas passer à côté du thème, et pour peu je vais finir par me passer volontiers du livre. Une dernière chance.
Réglisse. Ah, réconciliation avec l’oeuvre. Emma a donc une vie, elle vieillit, et l’écriture commence à être sérieusement talentueuse. On lui pardonne ses digressions sur le Rouge de la réglisse. Le panorama de la vie normale fait aussi son entrée (lire: sa vie d’universitaire, son appart mal chauffé en hiver et ses séances de dévalisation du frigidaire à cause de la mari).
Jujube. Encore un chanteur! Le cliché passe toutefois mieux qu’à Sucre d’orge. Malgré les images très évocatrices et (encore) des figures de style pour le caramel, on y croit presque, à son amour. Qui est à mon avis un peu trop immodéré.
Praline. Je n’en parle même pas. Je continue à lire parce que la narratrice est quand même attachante – quand elle ne part pas trop dans ses envolées lyriques caramélisées sur les hommes qu’elle rencontre.
Nougat. Deuxième réconciliation avec l’oeuvre. Nougat est intéressant, moins commun. Et l’histoire qui va avec a de quoi faire sourire, et même rire: le cliché de l’homme marié, mais avec un peu de piquant (lisez le chapitre pour la phrase sur les talons aiguilles).
Fruit confit. Emma commence à comprendre comment aimer, bien qu’elle soit encore naïve. L’homme en tant que tel est moins intéressant que la fin du chapitre…
Bonbon aux patates. En voyage à Cuba (dans un tout-inclus), Emma en rencontre un autre (un bonbon, pardi), plus improbable, celui-là. L’aventure ne valait pas le voyage jusqu’à l’île, mais ces vacances méritées vont lui avoir mis un peu de plomb dans la tête.
Chocolat. Celui-là, vous vous en doutez bien, c’est THE. Enfin quelque chose d’amoureusement positif, pour une fois. Et je considère la fin du roman réussie.
Verdict, j’ai aimé le livre à moitié. Ou, mettons, aux trois quarts. L’histoire et les personnages (hormis les hommes, qui n’ont pas d’autre nom que celui d’un bonbon) sont attachants et on suit lentement, mais sûrement, leur évolution. Les passages narratifs sur la vie d’Emma sont vraiment très réussis, mais les figures de style sur le caramel viennent ternir un peu la joie de la lecture. Bien que j’aie eu envie, au début, de mettre le livre dans la déchiqueteuse, je me suis habituée au caramel, à l’excès de sucre et de bonbon, et je me suis concentrée sur la vie d’Emma derrière ses relations (amoureuses sexuelles). Car Emma écrit beaucoup mieux quand elle a le vague à l’âme d’une rupture que lorsque son caramel fond pour un nouveau praliné.
Je vous suggère Caramel mou si vous n’avez rien de plus urgent à lire sur vos tablettes. Le roman est divertissant, il y a bien quelques chapitres qu’on relirait pour la qualité du français et l’originalité des phrases, mais sans plus. J’avoue avoir ri (trois fois, si je ne m’abuse) grâce à une phrase particulièrement bien construite… Mais bon. Ce n’est pas un coup de coeur, juste une miette de coeur.
Disons qu’il s’agit d’un roman un peu spécial qui mérite une lecture un peu spéciale – et beaucoup de patience. Une lecture d’été sur une plage pleine de touristes, quoi.
/Danielle Goyette, Caramel mou, Laval, Guy Saint-Jean Éditeur, 2007.
“Je vous suggère Caramel mou si vous n’avez rien de plus urgent à lire sur vos tablettes.”Je vais donc attendre en 2050 alors…:-p
Bonjour Geneviève,Merci pour ce temps accordé à mon livre Caramel mou. J’aurais bien aimé que tu sois plus enthousiaste mais ta critique est constructive et intéressante. Je t’en remercie. De son côté, le livre se porte très bien et il a été très bien accueilli à mon grand bonheur. Il a été réimprimé et les droits ont aussi été vendus pour l’adaptation cinématographique. C’est Marc-André Lavoie (film Bluff) qui le réalisera. Si tu veux en savoir un peu plus à ce sujet, tu peux aller sur ce site http://www.cyberpresse.ca/article/ 20080602/CPTRIBUNE/80602014/-1/CPTRIBUNE. J’ai eu la chance d’avoir aussi de très bonnes critiques et j’en suis heureuse, mais je sais bien qu’il ne peut plaire à toutes et c’est très bien ainsi quand même. Pour moi, l’important est que l’accueil est très chaleureux. Passe un bel été,Danielle