Lue d’une traite durant mon séjour à Québec, cette autobiographie d’Adèle Lauzon, journaliste québécoise, m’a à la fois surprise et passionnée. Bien sûr, le livre est sans prétention littéraire; le ton est celui d’une femme qui se souvient de sa vie, faisant le point sur sa carrière journalistique. Mais le style est accrochant, simple, toujours actif. Et l’on se prend à lire ce récit comme un roman.
Je n’avais jamais entendu parler d’Adèle Lauzon avant de lire un extrait de son livre dans l’édition du 1er mai 2008 de L’actualité, portant sur sa rencontre avec nul autre qu’Ernesto Guevara, dit le Che. Intéressée, j’ai acheté le bouquin sur-le-champ. Et je ne regrette pas cette lecture qui m’a fait voyager du Québec duplessiste à la France des années cinquante, de l’île de Cuba en pleine révolution à l’Algérie de l’OAS, et de la Révolution tranquille québécoise aux remous de la gauche française – pensons à Mai 68.
La vie d’Adèle Lauzon est singulière et sa façon de se livrer l’est tout autant. Pas l’ombre d’une censure dans son texte honnête et ma foi amplement détaillé. On apprend entre autres qu’elle a toujours eu des sentiments de révolutionnaire, qui se sont endurcis avec le temps. Qu’elle ne s’est jamais trouvée féminine, elle qui a pourtant séduit un nombre effarant d’hommes, toutes nationalités confondues. Qu’elle a été en proie à des dépressions profondes et, paradoxalement, à des élans euphoriques tout au long de sa vie. Qu’elle n’avait qu’un rapport de survie avec l’argent, pratiquant son métier par pur plaisir.
Bref, tout cela pour dire qu’Adèle n’a jamais renoncé à sa carrière de journaliste et à ses ambitions que refoulaient – pour ne pas dire reniaient – ses parents très catholiques. En tant que femme au désir exacerbé d’indépendance dans un monde dominé par les hommes – ce qui n’était pas une mince affaire à l’époque -, elle a réussi à se tailler une place respectée dans le monde journalistique québécois. Au cours des années (et la liste est non exhaustive), Adèle Lauzon a donc travaillé pour Radio-Canada, le Magazine Maclean (ancêtre de L’actualité) et pour La Presse – où elle fut la première femme responsable des questions de politique internationale.
Je ne vous raconterai pas toute sa vie, car cette critique pourrait encore s’éterniser. Mais je tenais quand même à vous faire part de cette lecture, qui retrace une bonne partie de l’histoire mouvementée de notre Québec du milieu du 20e siècle. À lire pour la vie de la journaliste, pour ses aventures abracadabrantes sur les routes d’Europe, pour la politique omniprésente et pour ses rencontres avec le Che et René Lévesque. Ah, j’oubliais: il faut le lire pour savoir que le journalisme est une vocation.
/Adèle Lauzon, Pas si tranquille, Montréal, Boréal, 2008.