Après deux vols d’Air Canada, trois aéroports et un agréable trajet en taxi, je suis finalement arrivée à Burton’s Pond Apartments, sur le campus de la Memorial University de St-John’s. À ma grande surprise, le temps est doux, même chaud dans la capitale terre-neuvienne. Nous sommes loins de la pluie et des 10 degrés de mai et juin derniers. Pas pour longtemps, me direz-vous… Et moi je vous dirai que je m’en fous. Car Terre-Neuve, c’est la brume, la pluie, le vent (que l’on connaît aujourd’hui), tout autant que le soleil et la torpeur (ce matin, c’était Montréal en pleine canicule). Quand on vient à Terre-Neuve, c’est pour vivre comme à Terre-Neuve. Point.
Du haut des airs, juste avant l’atterrissage d’hier soir, j’ai pu voir des récifs brunâtres aux crêtes acérées se jeter dans l’Atlantique, et sur lesquels venaient se briser les lames de l’océan dans un concert de mousse et de ressac. En voyant ce tableau, je me suis sentie à Terre-Neuve, même si l’avion planait encore sur l’océan. J’ai à la fois désiré et espéré cette grande terre inconnue et sauvage. Lost: me / Found: me, m’a révélé mon guide Newfoundland and Labrador. J’en ai bien l’intention.
Chose certaine, ce qui saute ici aux yeux, c’est l’affabilité des gens et leur immanquable sourire. En marchant sur Elizabeth Avenue, tout en admirant les petites maisons aux tons pastels et les curieuses essences d’arbres aux longues fleurs jaunes en forme de cloches, une femme qui jardinait dans ses plates-bandes m’a lancé un Hi sonore auquel j’ai bien sûr répondu. Ailleurs, à une intersection, une femme a arrêté sa voiture, souri béatement et m’a fait signe de la main pour que je traverse. Ma mâchoire s’est décrochée et a heurté l’asphalte. J’ai dû me dépêcher de la ramasser avant de traverser.
En revenant du marché Sobeys (le propriétaire de nos IGA), j’ai remarqué une statue un peu en retrait de la route, tout près d’un grand parc. Je me suis arrêtée, curieuse, et quelle ne fut pas ma surprise de voir un buste de nul autre que Churchill, sculpté dans le bronze. Pourquoi à Terre-Neuve?, me suis-je aussitôt demandé. C’est que la Charte de l’Atlantique a été signée au large des côtes de Terre-Neuve en 1941, entre Franklin D. Roosevelt et Winston Churchill, respectivement présidents des États-Unis et de la Grande-Bretagne à l’époque. La charte reprenait et complétait le Discours des quatre libertés de Roosevelt, tout en jetant les fondements d’une nouvelle politique internationale. Un nouveau pas pour l’humanité, qui avait tant besoin d’espoir en ces temps de guerre… Pour un premier arrêt historique, donc, je ne pouvais demander mieux (au cas où vous ne le saviez pas encore, je m’intéresse beaucoup aux deux guerres mondiales).
C’est à Churchill que l’on doit cette citation qui m’avait marquée jadis: Now this is not the end. It is not even the beginning of the end. But it is, perhaps, the end of the beginning.
En entrant dans ma chambre à mon retour, j’ai ouvert la fenêtre et j’ai laissé entrer le vent. Ça sentait la mer, même si elle était loin, les fleurs et les arbres. J’entendais les oiseaux qui piaillaient sur l’île, au milieu du lac que je vois de ma fenêtre. Je suis restée quelque temps au vent, à penser aux montagnes, toutes proches et comme à portée de main, et à l’océan.
Aveu: ça fait un bien immense de voir des gens qui prennent le temps de vivre. Ici, ça se voit et ça se sent. Partout. Quoi donc? Que la vie va au rythme des vagues, des soubresaults de la mer et de l’envie de sourire. Et si je devenais insulaire?
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Jardins du campus, Memorial University, St-John’s (5 juillet 2008) | Geneviève Tremblay
Vraiment, ça existe des gens qui laissent passer les piétons??C’est cool, t’as vraiment l’air de t’y plaire à Terre-Neuve!!
Geneviève, tu sais que si tu parles de gens qui prennent le temps de vivre tu me donne automatiquement l’envie d’y aller.Tu m’en reparleras plus ce ca, je suis vraiment curieux de comment ce “prenage de temps” de déroule dans les détaux.Joke: détails!El Fréro. Alexandre Tremblay