Ça y est, les Jeux Olympiques sont finis. Après quatre ans d’attente, d’espoirs, de sueur (pour les athlètes, organisateurs et Cie), de préparatifs infinis et de constructions désespérées frôlant le ridiculement trop, les jeux de la 29e olympiade se sont éteints en même temps que leur flamme – laquelle a été cédée aux Londoniens, qui se pomponnent déjà pour 2012.
Puisque j’étais en voyage durant les 16 jours qu’ont duré les Jeux, je n’ai malheureusement pas pu suivre à l’image près chacune des compétitions – ce qui eût été, avouons-le, difficile et/ou soporifique. Mieux: j’ai attrapé au vol, sur les ondes de Radio-Canada, l’une des spectaculaires victoires de l’Américain Michael Phelps, les acrobaties du Canadien Kyle Shewfelt, la partie de soccer entre la Chine et le Canada, sans oublier la gymnastique des Chinois – ces athlètes disciplinés qui ont impressionné le monde entier.
En regardant la cérémonie d’ouverture, disponible intégralement sur le site de Radio-Canada, j’ai été impressionnée par le savoir-faire, l’élégance et la discipline des Chinois. Exemplaire. Somptueux. Magnifique. Mais doit-on marcher la mâchoire contre terre et le mouchoir aux yeux devant cette cérémonie alors que la Chine est l’un des pays où la liberté de presse est quasi inexistante? Devrait-on louanger la Chine alors que les milliers de paysans qui ont construit le site des JO sont retournés dans leur campagne sous prétexte qu’ils ne sont pas à la hauteur de la Nouvelle Chine?
Vous savez sans doute que ces Jeux Olympiques ont été parmi les plus critiqués de l’histoire. Ce printemps, le Tibet a été envahi par l’armée chinoise, qui a réprimé les Tibétains avec une implacabilité terrifiante; les lacunes en matière de droits de l’homme et d’environnement (pensez aux athlètes qui arrivent dans l’Empire du milieu avec un masque sur le visage…) font la une des journaux du monde entier; les Ouïghours, ces Chinois musulmans du nord-ouest de la Chine, voient encore aujourd’hui leur culture niée, comme le rappelle Sylvie Lasserre dans L’actualité du 15 mai 2008 (vous pouvez voir son photoreportage ici):
«Les Ouïgours, peuple turcophone et musulman, vivent sur un territoire quasi désertique, qui s’étend aux confins de la Chine, du Pakistan à la Mongolie. Cette région autonome, le Xinjiang, regorge de pétrole, une ressource convoitée par Pékin. Ces dernières années, la colonisation et la répression chinoises s’y sont intensifiées de manière alarmante, dans l’indifférence de la communauté internationale. Toute activité «séparatiste» y est punie de la peine capitale et le moindre mouvement de protestation y est réprimé dans le sang.»
Bref, nul besoin d’en énumérer davantage, vous êtes fixés: les sujets tabous sont légion en Chine. Pas pour rien que les Jeux olympiques de Pékin ont été mâchés et remâchés dans tous les médias de ce monde. Boycotter ou ne pas boycotter les Jeux? Telle a été la question. Difficile de boycotter un événement aussi important et significatif dans l’histoire du monde…
Cette Chine critiquée, vilipendée, remise en question, c’est une chose. Mais la Chine des Chinois et Chinoises, riche d’une culture millénaire, c’en est une autre. Pour avoir côtoyé plusieurs Chinois durant mon séjour à Terre-Neuve, je suis en mesure d’affirmer que les Chinois sont généreux, ouverts d’esprit, sympathiques, toujours souriants. Les journalistes de Radio-Canada partis faire le plein de reportages en Chine confirment la règle: les Chinois sont accueillants et, surtout, fiers de leur culture. J’en ai la preuve irréfutable.
Le matin du 8 août, juste avant que je quitte Terre-Neuve, mes amis chinois – Lisi Shi, Shan Shan, Deng Guo, Xin Xing – ont attaché et laissé voler au vent deux drapeaux, un chinois et un autre des JO, à la galerie donnant sur la cour. C’est avec fierté qu’ils se sont promenés dans les corridors de Cabot Court avec leurs T-Shirts Beijing 2008 et leurs petits drapeaux rouges aux étoiles jaunes, fraîchement débarqués de Chine par le camion de Postes Canada. En les regardant sourire à nous, fiers Québécois, j’ai ressenti mieux que jamais l’honneur et l’attachement inexplicable, voire inné, qui vibre toujours quelque part en soi lorsque l’on parle de son pays. Surtout lorsqu’on l’a quitté.
Pourquoi dis-je cela? Tout simplement pour souligner que derrière mes considérations journalistiques et objectives, j’apprécie les Chinois, leur culture, leur histoire. Tout n’est pas que bains de sang et dictatures où l’on se coupe au couteau. Entre ce qu’est un pays dans son ensemble (gouvernement, opinion internationale, relations inter-ethniques, etc.) et ce qu’est un pays dans son âme, dans l’âme des gens qui le composent, il y a plusieurs années-lumières. Tout un monde à découvrir.
Je le répète, les Jeux sont finis. La plus grande dictature du monde (car c’en est une) a accompli son destin avec l’immense dignité qui revient au pays accueillant les Jeux olympiques. Le monde entier a été impressionné par l’excellence et l’ardeur des Chinois, certes; mais le monde entier est aussi conscient des problèmes épineux que la Chine a de coincés dans son pied et qu’elle aura à résoudre au cours des prochaines années – ou décennies. Car désormais, la Chine est au centre du monde – dans tous les sens du terme.
En guise de conclusion, je cite un extrait de texte chinois lu par Dong Qiang, philosophe et écrivain chinois, dans l’introduction à la cérémonie d’ouverture de Radio-Canada: «La Chine vers le monde, la Chine vers la paix.» Espérons-le.
/La caricature (par Burki, pour le 24 Heures de Lausanne) que j’ai choisie m’a fait sourire lorsque je l’ai vue sur le site de Courrier International. Le caricaturiste a représenté Phelps, qui a tellement gagné de médailles (l’or est lourd!) qu’il coule à pic avec, semble-t-il, un cri de détresse… Serait-ce une prémonition? Ce n’est pas que je le souhaite, mais il est déjà arrivé qu’on retire à un athlète ses médailles lorsqu’on a découvert des relents de dopage dans ses artères…