La traditionnelle cueillette de pommes dans les champs de l’Île d’Orléans ne s’est pas encore éteinte dans ma famille. Avec du soleil, une échelle, un grand sourire et un sac de papier brun accroché à l’épaule, à chaque début de septembre, c’est le même refrain: nous partons vers l’Île d’Orléans, petit repaire oublié du temps et de la folie des hommes au milieu du St-Laurent. J’y ferais ma vie, les mains dans la terre et le coeur pas loin derrière. Dans ces vieilles maisons aux immenses galeries dont la vue plonge dans les embruns du St-Laurent. Ah, l’Île d’Orléans…
«Pour supporter
Le difficile
Et l’inutile
Y a l’tour de l’île
Quarante-deux milles
De choses tranquilles
Pour oublier
Grande blessure
Dessous l’armure
Été, hiver
Y a l’tour de l’île
L’Île d’Orléans.»
Ce grand Félix, lui, avait compris. Compris que l’île, c’est autre chose. Quelque chose de trop beau, de trop tranquille, justement, qui doit s’écouter chanter; sans quoi sa poésie traversera les siècles sans jamais s’écrire dans l’éternel – ce que les écrivains et poètes se chargent de faire.
Preuve que même vingt ans après la mort du grand poète, l’île n’a pas changé? Quand on croque dans ces fraises rouge vif du verger des Plante, quand on parsème de sel et de beurre ces grands épis sucrés qui restent coincés entre les dents, au petit vent de l’île, avec rien d’autre que de l’eau et du rien alentour, on peut rire enfin avec l’éclat des jours d’été. Un rire d’été est particulier: il vient du ventre, il englobe le monde entier et revient d’où il est venu. S’ensuit alors un sentiment lui aussi particulier: le bonheur de vivre et d’en rire. Ça vous arrive, parfois? Allez à l’Île d’Orléans. Goûter le beau, le doux, le paisible. Ainsi vous saurez.
«Maisons de bois
Maisons de pierre
Clochers pointus
Et dans les fonds
Des pâturages
De silence
Des enfants blonds
Nourris d’azur.»
Merci Félix d’avoir si bien chanté l’Île d’Orléans.
Photo
Fleurs de l’Île d’Orléans avec en arrière-plan le verger des Plante et les Laurentides (31 août 2008) | Geneviève Tremblay
