Après deux mois de lecture aléatoire, j’ai enfin terminé le minuscule roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro, paru en 1959. Bon, je vais être franche, il ne m’a pas emballée plus qu’il ne le faut.
Zazie, petite fille de province, arrive à Paris pour passer la journée avec son oncle Gabriel. Très intriguée par le métro, elle veut y faire un tour. Mais le métro est en grève ce jour-là…
L’essentiel de l’histoire se situe dans la journée abracadabrante qu’aura Zazie. Elle rencontrera les amis de son oncle, dont Trouscaillon, le policier un peu idiot, Laverdure, le perroquet qui répète sans arrêt «Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire» et la veuve Mouaque, qui connaîtra une fin tragique malgré sa remarquable candeur.
Zazie dans le métro est un roman qui n’en est pas un. Si vous connaissez un peu Raymond Queneau, vous savez qu’il joue sans cesse avec les mots, qu’il en crée de nouveaux, qu’il s’amuse comme un fou à nous rendre fous. La lecture est en réalité un mélange de discours parlé français retranscrit au son et de définitions du dictionnaire. Calembours, mots-valise, néologismes, figures de style et clins d’oeil (pas souvent évidents) parsèment le roman. C’est sans compter les phrases où les descriptions sont franchement exagérées; mais bon, c’est du Queneau. N’empêche que ça rend la lecture souvent ironique, parfois carrément exaspérante… Je vous laisse en juger:
«Elle s’arrêta pile devant un achalandage. Du coup, a boujplu. A boujpludutou.» «Seulement, l’amoire à glace insistait : elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée: ”Skeutadittaleur”…» «D’ailleurs nous, est-ce qu’on entrave vraiment kouak ce soit à kouak ce soit?» «Dmanddzi si ça colle toujours le marida.» «Elle a peut-être envie de porter des bloudjinnzes elle aussi, vott dame.»
Le livre en entier est ainsi écrit. Je dois avouer avoir ri à plusieurs endroits et pris un certain plaisir à décortiquer les phrases. Quand on aime la langue… Bref, si vous aimez l’absurde, les histoires pas très sérieuses (quoique) et les styles originaux, vous serez servis avec Zazie.
Cela dit, Raymond Queneau était un écrivain tout à fait formidable: il maîtrisait la langue et le sens des mots sur le bout des doigts. Ce n’est pas pour rien qu’il était membre de l’Académie Goncourt et qu’il a cofondé l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle). Mais je vais vous avouer préférer ses Exercices de style et ses Mille milliards de poèmes à ses romans. Car ceux-là, il sont vraiment savoureux.