Ce matin, une petite neige fine tombe. Je sors chercher Le Devoir dans la boîte aux lettres, laissant entrer un grand filet d’air froid dans l’appartement. En couverture, la Fed prévoit abaisser son taux directeur près du 0 % tellement l’économie américaine va mal; du jamais vu. Les Francophones du Nouveau-Brunswick se battent pour que leur langue maternelle continue d’être reconnue à sa juste valeur dans le système de santé. Bref, les nouvelles quotidiennes d’un monde qui tente de rester à flot.
En page A5, section Monde, j’avale soudainement de travers. Brusque retour dans le passé, soixante ans en arrière, en plein deuxième conflit mondial. La raison? Des néonazis viennent de tenter d’assassiner un représentant de l’État en Allemagne, eux qui auparavant ne s’en prenaient qu’aux étrangers et à l’extrême-gauche. Alois Mannichl, chef de la police de Passau, ville tout près de la frontière avec l’Autriche dans le sud-est de l’Allemagne, a été attaqué au couteau en dehors du cadre de ses fonctions. L’arme est passée à quelques centimètres du coeur, lui laissant (pour l’instant?) la vie sauve.
Je m’attendais à tout sauf à ça.
Fait incroyable, plus de soixante ans après la disparition d’Hitler et la chute du IIIe Reich en mai 1945, le (néo)nazisme est encore vivant en Allemagne. Et actif… Tout le monde sait que les nazis ont trouvé refuge en Argentine après la guerre, et dans plusieurs autres pays dont le Canada. Fuyant une condamnation certaine pour crimes contre l’humanité, ils se sont dispersés sur la carte du monde. Il faut dire qu’avec le procès de Nuremberg et les images horribles des camps de concentration, diffusées dans les années cinquante, leur popularité d’avant-guerre a plus que dégonflé. Le monde a pointé les nazis du doigt, ces responsables du plus important génocide du 20e siècle, marquant le peuple allemand au fer rouge – malheureusement, même ces Allemands qui se sont battus pour la gauche. C’est que les nazis ont accompli un geste abominable dont tout le monde se souvient. On n’oublie pas ça, même si les révisionnistes nient les indiscutables faits.
Donc. Depuis longtemps, on les croyait évanouis, ne bénéficiant pas d’un appui assez fort pour avoir ne serait-ce qu’un peu de poids dans la vie politique. Il faut dire que la réputation qui les suit a de quoi faire s’évanouir tout sentiment de ralliement dans la population. Mais des événements comme celui rapporté dans Le Devoir de ce matin ont de quoi alarmer. Car rappelez-vous que la raison pour laquelle Hitler et Mussolini ont pu accéder au pouvoir dans les années trente est directement liée à la crise économique et aux difficultés du monde après le jeudi noir de Wall Street… Le monde allait mal: émeutes des ouvriers et de la petite-bourgeoisie, politiques autarciques de l’Allemagne et de l’Italie… L’audience des partis extrémistes a profité de cette perte de repères dans la population. Ne voyez-vous pas un contexte ressemblant en 2008? Si l’on établit une comparaison, le monde se trouve présentement dans une position de faiblesse: crise économique, violences, grands changements politiques… L’homme a la mémoire courte, c’est bien connu. Comme le dit si bien Hipolito dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, «la vie n’est qu’une interminable répétition d’une représentation qui n’aura jamais lieu.» L’humaine répète donc toujours les mêmes erreurs, siècle après siècle. Reste à savoir de quelle nouvelle haine ou nouveau credo les néonazis se font les porte-étendard.
Ce qui est nouveau dans les actions de la scène néonazie allemande, ce sont les nouvelles cibles de ses adeptes. Andrea Röpke, politologue et journaliste cité dans Le Devoir, soutient que «chaque jour, on compte deux actes de violence dus à l’extrême droite en Allemagne. Ce qui est nouveau, c’est que les néonazis ciblent des individus connus pour leur combat contre la droite, attisent la haine contre eux sur Internet…». Autre fait à souligner: connu sous le nom de NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands, ou Parti national-démocrate d’Allemagne), le parti d’extrême-droite allemand aurait développé de plus en plus de liens avec le milieu néonazi. Avec plus de 200 élus locaux et une représentation au parlement régional de deux Länder (régions) est-allemands, ça pourrait mal finir… De quoi se tenir au courant de l’actualité allemande.
Cela dit, bon, rien n’est encore gagné pour les partis d’extrême-droite. Ce n’est pas un discours défaitiste que je tiens; seulement réaliste. Je suis consciente qu’il existe sur terre beaucoup d’adeptes d’anciens partis extrémistes et qu’ils ne prendront pas tous le pouvoir pour mettre leur pays à feu et à sang. Mais je tenais à rappeler qu’il faut toujours avoir les deux yeux bien ouverts. Car l’histoire se répète depuis toujours. Inlassablement.
Je suis Allemande (et Canadienne/Quebecoise). Je sais fort bien que cet article a presque 2 ans. Mais, je tiens a reciser que le neo-nazisme/antisemitisme est partout en Europe. Ce n’est pas que l’Allemagne qui est au prise avec ce probleme… Je trouve juste un peu “poche” que tout l’attention soit que sur ce pays a cause du passe peu commun, disons ca comme cela. Et avouons le… La xenophobie ne s’arrete pas qu’a l’Europe… Malheureusement.
Vous avez raison, le néo-nazisme et l’antisémitisme sont partout dans le monde, il suffit d’être attentifs pour s’en rendre compte. Combien de Nazis ont quitté l’Allemagne pour trouver refuge, entre autres, en Amérique du Sud?
Vous le dites vous-mêmes, l’attention est toujours sur l’Allemagne étant donné que l’on associe ce pays avec l’apogée de l’antisémitisme, qui a résulté en ce que l’on sait. Les médias ne peuvent pas faire autrement que s’intéresser au phénomène lorsqu’il y a une recrudescence de ce type annoncée en Allemagne…
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