
Le temps des vacances de Noël est arrivé. Par un samedi nuageux, prometteur de verglas, trois amis et moi décidons d’arpenter en raquettes le parc des Monts Valin, direction Pic de la Tête de chien. Les montagnes sont loin, il faut se lever tôt pour préparer dîner et s’emmitoufler. L’hiver au Saguenay…
Dans la petite Jeep nous faisons la conversation tout en dessinant des images dans les vitres embuées. Le panorama de la rivière Saguenay est brumeux comme lorsque vient la pluie, en milieu de journée, dans le port de St. John’s. Je réchauffe mes pieds, déjà gelés tant l’air est humide.
Aussitôt arrivés, nous attachons nos raquettes en enfonçant nos tuques et remontons en file indienne la pente longeant le chalet principal. Une plaine assez longue, légèrement ascendante, commence le sentier. Rien ne bouge aux alentours; on n’entend que le silence de la forêt, brisé par nos rires et le bruit de nos raquettes sur la neige tassée.
Bientôt la piste se fait plus raide, les paysages plus vastes — les collines offrent une vue imprenable sur les montagnes et leurs vallées. Une fois le Lac des pères franchi nous apparaît une longue pente, plutôt à pic, bordée par un pan rocheux que cache une épaisse couche de neige. Babiches obligent, glissant à répétition, je tombe à la renverse dans les abords du sentier en perdant ma raquette droite. Agacée, je dégrafe mes bottes pour continuer la montée à pied. Les railleries fusent.
Un belvédère s’invite sur notre droite. Suivant la piste ouverte par d’autres randonneurs, nous montons la pente pour arriver devant un paysage remarquable: le Lac des pères en plongée, avec le chalet quitté le matin à l’horizon, bordé par une rangée de petits carrés noirâtres — le stationnement. Partout ailleurs il n’y a que des collines aux sommets embrumés, que la neige confond presque avec le ciel d’un blanc taché de gris.
Le pique-nique s’impose. Nous étendons une serviette sur le banc glacé sous les assauts du vent brutal, les doigts crispés. «Ça, ce sont des vacances.»
Nous reprenons la marche dans la neige lourde et mouilleuse, impatients de gagner le sommet. Quand il se pointe enfin, au bout d’une remontée exigeante, le vent souffle avec une telle ardeur que nous devons tenir nos mitaines qui veulent s’envoler. C’est à peine si l’on peut rester debout. Après l’ascension entre les arbres, où le grésil a mouillé nos vestes, le froid du sommet fige nos vêtements et nos sacs, qui prennent l’aspect d’un bloc de glace. Le froid est abominable. Mais comme l’horizon se perd dans la brume, que les montagnes tout près touchent un ciel qui semble comme descendu pour l’occasion, c’est une douleur acceptable. La vallée s’étend à perte de vue. Je fais silence devant le rien.
Le chemin du retour est une accumulation de fous rires. Nous glissons sur nos raquettes comme sur des traîneaux, la piste étant presque une patinoire sous la pluie qui tombe finement. La fatigue, qui s’était faite discrète, commence à tomber dans nos jambes.
L’arrivée au chalet est triomphale. Les monts, immobiles et éternels, s’élancent dans notre dos. Immuables.
Photo
Vue sur les Monts Valin, St-Fulgence (27 décembre 2008) | Geneviève Tremblay
Tes talents de photographe me font toujours tomber sur le derrière! Je suis persuadée que tu ferais une bonne artiste photographique autodidacte!