Il y a quelque temps, quatre ans peut-être, j’ai découvert que j’avais un cousin poète. Un petit petit cousin, en réalité. Le cousin propre de mon grand-père maternel, Gatien Lapointe de son nom. Ce fut un grand poète, mort trop jeune après cinquante-deux ans de vie et une oeuvre écrite au galop dans une existence d’espoir sans fin.
Sa poésie m’émeut au point d’en pleurer. Je retrouve dans ses vers une descendance que je pourrais faire mienne, puisqu’il est un peu, je le crois, de mon sang. Ses Chiffons de lumière, je les partage avec vous.
Il neige les ciels de mon enfance
Une poésie blanche habite le jour
Dans le bleu des fumées les dieux flânent
Et le vent couve entre ses mains
Une odeur de destins faciles
Au fond du ciel la rivière s’est enfermée
Avec ses flocons de musique
Et la rivière s’est toute peinte de blanc
Pour endormir le matin parmi les étoiles
Il neige des fleurs trempées de soleil
Les chagrins glissent sur nos fronts
Les cheveux blottis de senteurs de rêve
Sur la blancheur des toits
De lointaines fantaisies se crayonnent
Et le crépuscule pose des rouges de deuil
Aux murs de la Bohême
Les routes qui passent au long des yeux
Sont tout incendiées de lumière
Et le soir s’étonne d’écouter les étoiles
Danser parmi leurs blanches mélodies
Il neige les ciels de mon enfance.
Chaque mot, chaque vers recèle une série d’émotions qui, lorsque comprises, font trembler. Les poètes savent, ils savent tout. Et ils savent d’autant plus comment le dire. Ce poème, je l’ai tiré du recueil Jour malaisé de ma mère, qu’elle a étudié dans les années soixante. Le livre est jauni, les pages fragiles. Mais l’odeur, l’odeur! qui s’en dégage – ça sent tous les parfums de l’homme.
L’été dernier, devant le Potager des visionnaires dans la basse-ville de Québec, il y avait une fontaine. Dans cette fontaine, il y avait, inscrit sur un écriteau et récité par des haut-parleurs, le poème Ode au St-Laurent de Gatien Lapointe. Ma mère et ma tante, qui m’accompagnaient, ont été émues. C’était quelqu’un de la famille.
Je vais vous faire une confidence.
Aimez vos poètes. Lisez-les, ne les découvrez pas trop tard. La poésie vous ennuie? Donnez-lui du temps. C’est tout ce qu’il faut pour en apprécier la gravité.