Regardez cette photo. Attentivement. Qu’y voyez-vous?
Un désert. Un camion surchargé d’êtres humains et de marchandises. Des sourires et des saluts de la main.
Mais surtout, on y voit ce qui nous fait, à nous, cruellement défaut.
La communauté. La proximité.
Tout près de nous, partout, il y a l’Amérique, l’Amérique blanche, où chaque voiture qui passe n’a qu’un seul passager. Un seul passager qui n’a d’yeux que pour la route qui l’écoeure, que de pensées pour le bureau qui l’appelle, avec en prime la main au klaxon, le bidule à l’oreille et la cigarette à la fenêtre.
En nous, trop creux en nous, il y a notre Amérique, l’Amérique aveugle, où le voisin de palier, de bureau, de maison s’efface parce qu’il n’est lui aussi qu’un tourbillon dans son agenda raturé.
Trop loin de nous, ailleurs, là-bas, il y a l’Afrique, la belle Afrique, où chacun s’empile avec anarchie sur son voisin pour aller d’un village à l’autre parce que là-bas, on vit en groupe, avec l’autre, toujours, et que le temps, on ne connaît pas ça. Ou si peu.
Là-bas, ils sont cinquante sur un camion à faire un trajet qu’ils referont le lendemain, pour aller dans le même village vendre les mêmes produits qu’ils ont cultivés de peine et de misère sur leur petit bout de terre désolé.
Et moi, je vous dis que je préférerais en ce moment aller en Afrique cultiver un petit bout de terre désolé plutôt que d’user mes cornées à naviguer sur une machine qui n’a même pas la qualité d’être en vie.
Tout ça, pour claquer la porte à l’angoisse et apprendre à cultiver mon petit lot de bonheur. Pas trop grand, un carré de sable derrière ma cabane en bois sec et ma chaise pour les passants.
En moi, et en vous, il y a l’Afrique, cette Afrique déchirée certes, pauvre, abandonnée, malmenée, mais tellement plus riche que tous nos PIB rassemblés.
Tout le monde le dit. Les Africains sourient, partagent, sont heureux. Pas toujours, surtout quand la guerre les menace, que les famines s’éternisent, que les maladies les déciment. Mais j’ai beau vivre dans le monde qui m’a fait naître, j’envie leur existence où l’humain a encore une valeur. C’est plus fort que moi.
Cette simple photo a provoqué en moi une nostalgie de cette Afrique que je n’ai encore jamais vue ni aimée, mais qui a tellement plus à donner que nos villes où on joue tous à s’étouffer.
Regardez la photo. Encore. Dites-moi. Qu’y voyez-vous?
Photo
Chadians ride on the back of a lorry on the outskirts of Abeche in western Chad (Time.com)

J’y vois le temps qui passe sans se presser.
Je tombe par hasard sur ton blog et je lis ton texte.
Je suis tout à fait d’accord avec toi. Je suis d’Afrique et je vis en Afrique. J’ai vu l’Europe, goûté à la vie à l’occidentale.
Je comprends ce que tu décri(e)s. J’aurais aimé l’Afrique sans la guerre, sans la famine, sans le Sida…
Mais je suis très prudent sur ce fameux “développement” que l’on veut imposer en Afrique.
A faire du copier coller du modèle occidental pour se retrouver dans cette situation que tu montres du doigt.
Alors, je dis mollo mollo avec le “développement” car nous, on a le temps.