Récit de voyage – 27 au 31 mai 2009
Prendre le train à la gare Montparnasse n’est rien de moins qu’un retour dans le temps – ne manquerait qu’un jet de vapeur, des sourires en noir & blanc et quelques vendeurs de journaux époumonés pour se sentir un matin de départ en province sous l’occupation.
Le matin où Isabelle et moi nous y présentons, il fait un soleil frais sur Paris, les pigeons volent bas entre les valises et les sellettes se font rares pour nos pauvres dos. Des vacanciers préoccupés se bousculent avec leurs paquets, courent sur les interminables quais en oubliant de composter leur billet.
Dans ce portrait typiquement français, le tableau des départs n’a pas changé : toujours ce même cliquetis des lettres et des chiffres sur un immense fond noir, passant de «Quimper» à «Rennes» avec le plus de naturel possible malgré les regards empressés se jetant sur elles au moindre tressaillement.
Après un trajet terrible en TGV – 250 km/h à reculons avec un banc dans le visage, ça vous dit quelque chose? -, mon amie Nelly vient nous chercher dans sa petite Renaud Clio aux sièges recouverts de tissus rouge et jaune, avec aux fenêtres des dessins d’enfants vieux de dix ans. Non, vraiment, rien n’a changé.
À partir de ce moment, c’est pour moi tout un sentiment : revoir les lieux de mon premier voyage, de la maison de Nelly avec ses murs pastel aux routes en lacets qui frôlent des murets de pierre. Suis-je vraiment en voyage ou tout simplement de retour chez moi?
La Bretagne, c’est une accumulation de bonheurs : des paysages qui n’en finissent plus d’être beaux, des kouign amann à vous décoller le foie, des maisons d’ardoises noires partout partout, mais surtout des Bretons qui vous ouvrent leur porte et leur coeur grand comme ça.
Cette chère Nelly, même quarantenaire, n’a perdu ni de sa vigueur ni de son humour. La semaine passée en Bretagne avec elle ressemble à un tour de manège de foire, sans les haut-le-coeur. Entre les mille blagues, les éclats de rire, les coups pendables et les moments très sérieux, Isa, Nelly et moi (re)découvrons la Bretagne. Comment?
Par une balade dans la forêt de Fougères aux longs arbres barbus, l’escalade du cap Fréhel avec ses grands ravins de roc, nos multiples repas de fromage et de vin à faire éclater tout ce qu’il y a d’estomacs autour de la table, les coquillages bretons cueillis sur la plage d’Erqui, les petits déjeuners de baguette fraîche avec du Pindakaas débarqué de Hollande, les moules frites de Cancale au soleil salé du bord de mer, ce far breton plein de raisins secs mangé sur un banc au sommet du monde, l’ascension du Mont St-Michel brouté par les moutons des prés-salés, la promenade en Clio dans les collines verdoyantes, la randonnée dans le silence des îles Chausey (en Normandie, mais bon), et la cueillette de cerises dans la campagne.
La Bretagne, c’est tout ça; mais c’est aussi ces irréductibles Gaulois de France, cette région en forme de Gaspésie que tout le monde connaît dans l’Hexagone («Ah ouais, la Bretagne, ouais») mais que peu comprennent véritablement. Nulle part ailleurs il n’y a cette fin des terres, cet esprit embrumé, cet accueil des habitants. Du moins, pas dans ma mémoire à moi.
Photo
Plage d’Erqui, côte nord de la Bretagne | Geneviève Tremblay