C’est la copine Cybelle, elle aussi lectrice fort assidue, qui m’a prêté le très moderne Cookie, neuvième titre à paraître aux impeccables éditions de la Peuplade (St-Fulgence).
L’histoire est celle d’une fille, Cookie justement. Musicienne, fumeuse, saoûlonne sur les bords et un peu rondelette, elle consomme les hommes avec la même frénésie qu’une machine à empoter la confiture.
Après un séjour en mer sur un bateau de croisière à jouer du violoncelle et tripoter Noé, Cookie revient sur le continent avec le mal de mer. Complètement perdue, elle laisse sur un coup de tête son copain de longue date, Charlie, qui ne l’allume plus du tout. Et elle décide, en bonne fille de son père, d’amarrer son voilier Méduse vers l’idéale Cookie Island et de collectionner les amants – au nombre de 72, l’équivalent de chaque tranche de 100 mots doux qu’elle n’a pas reçus du temps de Charlie. La vie est dure.
Après 276 pages de baises, de cuites et d’envolées philosophiques sur les moindres racoins de l’amour, je dirais que j’ai bien aimé. Je style est très intéressant malgré les quelques pièges du cliché, et la division du livre, qui rend impossibles les longueurs, rafraîchit le thème qui devient parfois lourd: listes, courtes-scènes, énumérations de choses-à-apporter-sur-Cookie-Island, etc.
Ici et là, j’ai remarqué quelques bijoux de phrases, de celles qu’on relit pour le plaisir et qui marquent plus que le reste. Ou alors, des images originales qui témoignent du talent d’un écrivain:
La musique. Je ne peux pas vivre sans. Par contre, une thérapie par le silence peut être à considérer. Je veux le silence, écouter le piou-piou des oiseaux, le puti-puti des vagues qui frappent sur les rochers, le fifoui du vent dans les arbres, le grouin des animaux cachés, le frouch des averses intenses, le vlag des branches qui cassent et tombent, le fouf des ailes d’oiseaux passant au-dessus de nos têtes, le crounch de mes pas sur le sable et les bla-bla du Nabot.
J’ai toutefois eu de la difficulté à bien cerner le personnage principal, Cookie. Il y a beaucoup de pensées, de jugements, de prises de position, et par moments il est difficile de faire la part des choses, comme s’il y avait des contradictions dans son état d’esprit. Mais peut-être est-ce délibéré, pour bien montrer l’instabilité de la fille dévergondée qui ne sait plus à quel homme se vouer? Si oui, chapeau.
Sans être d’accord avec Cookie, qui se trouve tout de même à des lieux de ma propre personnalité, j’ai trouvé l’abord d’un tel rythme de vie très réussi. J’en suis presque venue à voir les yeux cernés de vert-de-gris et la tête déconfite de Cookie qui, très franchement, brûle tous les bouts de sa chandelle. Mais bon, la grande question que je me suis posée, c’est s’il est physiquement possible de supporter un tel rythme de vie sans y laisser sa peau… Parce que non, Cookie ne meurt pas à la fin.
/Sophie Bouchard, Cookie, La Peuplade, 2009.
Miam !! Je crois, en te lisant, qu’on a eu une vision assez différente du livre. Et, surtout, du personnage…
Au plaisir d’élaborer, de philosopher, d’élucubrer (!) là-dessus !
Et, puisqu’on y est, bonne année, belle et douce Geneviève ! Je t’embrasse et te souhaite la crème du meilleur.
Avec un grand plaisir Cybelle!
(Pour l’élaboration, la philosophication, l’élucubration).
Quelle belle année je souhaite à toi aussi, ma chère Cycy!
Si, comme tu l’as si bien dit, la vie me donne effectivement la crème du meilleur, je fais la promesse de la fouetter pour en garnir nos cafés, turcs ou décas.
Promis juré.