Voilà déjà près de deux semaines que je suis à Montréal et toujours pas un mot sur ce que j’y fais comme découvertes et rencontres sensationnelles. Vous pouvez facilement imaginer que je pourrais passer quarante heures par semaine à nourrir Ici Geneviève de photoreportages, d’anecdotes, de «Entendu à» et de petites histoires de quartier. Mais pour l’instant, je vous raconte la vie ordinaire d’une stagiaire originale (rires).
Vous aurez le plaisir d’apprendre que j’ai établi mes quartiers dans un nouveau Village, cette fois avec un V majuscule – oui oui, celui-là. La tour de Radio-Canada, avec en arrière-plan le pont Jacques-Cartier, forment l’essentiel du panorama en face du condo où je vis, rue Wolfe. Deux pas et je suis dans le stationnement. Donc, chez moi, pas de bord de mer, pas de ciel infini ou de cris de goélands: ça se résume à de l’asphalte, du bruit et des chars.
Chaque matin, en marchant vers le métro Beaudry (aux couleurs du drapeau gai: rouge-orange-jaune-vert-bleu-mauve), je passe devant le Resto du Village, un endroit sympathique avec des rideaux blancs en dentelle et un menu excentrique. Juste pour vous dire, cette semaine, il y avait de l’omelette aux saucisses (c’était peut-être un tout-ce-qui, remarquez). C’est dans ce Resto-là que se ramassent les veilleux de fin de soirée pour la poutine traditionnelle – je ne l’ai pas expérimentée, mais disons que j’ai mes sources.
Donc, une fois arrivée au coin Sainte-Catherine/Beaudry, je jette toujours un coup d’oeil à l’épicerie fine qui regarde le métro en face, de son joli prénom Folie en vrac, pour m’assurer que cet endroit mythique n’a pas disparu – c’est qu’il y a des produits bios et importés, du poulet chaud dans des petits plats, des rangées d’épices en vrac et des baklavas. Quand j’ai le malheur d’y entrer, j’y passe toujours au moins vingt minutes et je me désole chaque fois qu’il ne reste plus de soupe marocaine.
Une fois vérification faite, je regarde du coin de l’oeil la voiture de police (quand ce n’est pas deux ou trois) qui est là top chrono un matin sur deux, puis je prends un journal Métro et je descends la pente roulante jusqu’à la rame. Je m’entasse comme tout le monde dans le cigare mobile (triste comparaison), direction Angrignon, et je lis des articles en inspectant les gens – une activité passionnante: dans un métro, des gens somnolent, lisent, taponnent leur téléphone, ne font rien, te regardent, ont l’air pressé. Tout ça en ne se parlant pas. Fascinant.
Une fois à la Place des Arts, je prends la sortie De Bleury et je marche tristement jusqu’au Devoir – tristement, parce qu’à chaque jour, de trois à huit (j’ai compté) êtres humains sont couchés sur de vieux papiers journaux dans le corridor que j’emprunte. Souvent il y a des relents de la veille: urine, bière, bouteilles cassées… Vous allez me dire, c’est Montréal. Et je vous répondrai: on fait tous les aveugles par choix.
À Montréal, j’aime l’interminable rue St-Denis, avec ses allures de femme délurée mais structurée mentalement; le métro qui accélère pendant que je marche sur le quai car j’ai l’impression très nette, à cet instant, que le monde s’en va très vite pour me laisser seule; attendre le feu vert au coin des rues, en regardant le vent s’engouffrer entre les immeubles et mon foulard s’entortiller autour de mon cou sans rime ni bon sens; regarder les gens marcher dans la rue, leur envoyer des sourires, un bonjour même, ce qui est tellement rare que je fais parfois des surpris qui, heureux, engagent un peu la conversation.
Mais à Montréal, vous savez, je n’ai pas d’étoiles, pas de silence. Même si j’aime beaucoup la variété de la grande ville, c’est comme si mes nerfs marchaient avec moi au-dessus du trottoir et que le rythme intense de la circulation, des piétons, des boulevards, de la consommation me pénétraient les pores et me gelaient le coeur. Alors quand j’arrive sur la rive Sud, à Beloeil par exemple, j’ai l’impression d’être soudainement de retour au Québec. Étrange.
Mais à Montréal, dois-je dire, il y a de très beaux bourgeons ces temps-ci. Quand le soleil s’y met, c’est fou ce qu’il peut faire beau – sur mon balcon et dans ma tête aussi. Bientôt, ce sera les terrasses de St-Denis (avec une salade), les balades dans le Vieux (sur les pavés), le cimetière Côte-des-Neiges (pour Émile), le pique-nique à l’île Notre-Dame (sur une nappe à carreaux). À bien y penser, Montréal l’été c’est comme retomber en enfance. Vous êtes pas d’accords?
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Les bourgeons au coin Wolfe/René-Lévesque | Geneviève Tremblay

Moi j’ai fait mon choix: c’est vrai que la variété de la grande ville est vraiment un atout majeur, mais tout compte fait, j’aime mieux la tranquillité des régions. Cette fameuse varitété est ce qui m’a fait longuement réfléchir, et encore parfois je m’y prend au jeu! Mais finalement, tanquilité a pris le dessus sur varitété.
Va falloir que j’aille goûter cette poutine quand je vais aller à montreal; tu devais bien te douter que j’aillais m’y intéresser!
Quand tu parles de clochard, que “c’est montréal”, ben je me dis qu’à la longue de passer là à tout les jours, c’est comme ça qu’on développe le syndrome “montréal”; on s’habitue, puis on finit par ne plus y porter de réelle importance; ça fait partie du décord. Dans le fond, c’est normal…
Gilles et moi on est supposé faire notre voyage-printemps à montreal un manné, si jamais on y est pendant que tu est là, tu vas obligée de venir manger une poutine avec moi à ce Resto du Village.
Bonne continuité de stage soeurette, à bientôt!
Fréro
Je vais vous accompagner quand vous irez manger une poutine, nuance! Moi je prendrai un thé. :)