Sans surprise, j’ai beaucoup moins ri en lisant le deuxième tome de La frousse autour du monde. En toute franchise, les serrements de coeur ont été plus fréquents que les sourires sincères. Pourquoi? C’est que Bruno a été si profondément perturbé par la pauvreté de pays comme l’Inde et le Bangladesh, par les humains d’Éthiopie et du Yémen que souvent, les gags servaient plus à dédramatiser qu’à faire rigoler. Parce que Bruno, il a vu la vraie vie, la vraie humanité, et que ce n’est pas toujours évident.
Il faut dire qu’il était parti depuis déjà plus d’un an, qu’il n’avait fait qu’un retour éclair au Québec et qu’il était reparti sans demander son reste… À voyager toujours ainsi, on finit par vivre le quotidien, mais ailleurs. Et à vivre le quotidien ailleurs dans une culture qui n’est pas la nôtre, on peut devenir cynique, parfois impatient. Voir le monde en noir et vouloir rentrer chez soi au plus sacrant.
C’est justement ce qui est arrivé à Bruno périodiquement, même s’il essayait de trouver des raisons pour ne pas avouer qu’il était épuisé ou tout simplement écoeuré. Heureusement pour lui, il y a toujours eu quelqu’un ou une bonne raison pour lui redonner du coeur au ventre, l’énergie pour repartir de plus belle dans l’aventure. Lui qui envoyait une chronique pour La Presse chaque semaine, je crois – et cette croyance est fondée – que c’est l’écriture qui lui a sauvé la vie. Pour reprendre l’expression de mon cher ami Ugo.
Justement, pour illustrer son «instabilité», le côté plus sombre de sa deuxième année de voyages, Bruno a insisté pour que certains textes du deuxième tome de La frousse autour du monde soient imprimés à l’envers ou la tête en bas. L’idée est judicieuse: le texte et la mise en page – irréprochable, d’ailleurs – forment ainsi un ensemble cohérent.
(Mais je vous mets au défi de lire un texte écrit à l’envers sans miroir, parce que vous êtes dans le métro et que vous n’avez pas de miroir de poche. Après dix minutes pour deux paragraphes et une migraine qui s’en vient, vous vous dites que vous y reviendrez. Fin de la parenthèse.)
Ce récit de voyage, donc, est plus humain, plus ressenti, plus remuant que le précédent. Moins drôle, peut-être (pour moi), mais tout aussi pertinent. Un tel choc de l’autre, de telles rencontres fondées sur l’essence de ce que nous sommes, n’importe quel voyageur en rêve, même si parfois la vie en arrache. Mais rassurez-vous, les culs-de-sac de Bruno se sont toujours bien finis.
Je le savais déjà, mais lire 400 pages écrites par le très talentueux Bruno Blanchet me l’a confirmé: en voyageant aussi longtemps, on ne revient pas pareil chez soi.
/Bruno Blanchet, La frousse autour du monde — Tome II, Éditions La Presse, 2009
je vais définitivement lire ces 2 livres