«Je suis venue au monde pendant l’offensive du Têt, aux premiers jours de la nouvelle année du Singe, lorsque les longues chaînes de pétards accrochées devant les maisons explosaient en polyphonie au son des mitraillettes.»
On dit toujours que l’incipit d’un livre en est le meilleur baromètre. Dans le cas de Ru, cet incipit s’est avéré quelque peu trompeur, laissant présager une histoire rude, emportée, insidieuse – alors qu’elle est, étonnamment, tout l’inverse.
Ru, c’est un assemblage aléatoire de mémoires vietnamiennes, malaisiennes et québécoises, portées et racontées par l’auteure Kim Thúy, une rescapée des boat people. Avec une écriture sensible, douce, juste, elle trace le portrait de ces gens qui l’ont marquée au cours de sa vie mouvementée. Sa cousine Sao Mai, son Oncle Deux, sa Tante Sept, et sa mère, surtout.
Si le style – répétitions exagérées mises à part – démontre un réel talent d’écrivain, il reste que certaines longueurs et l’absence de repères dans le temps m’ont agacée. Il manque quelque chose, je ne saurais dire quoi avec certitude. Peut-être une émotion plus vive, devant la douleur, l’horreur, la perte? Une structure dans ces vagues de mémoires, où l’on finit par se perdre? Devant ce livre très beau, je suis étrangement restée neutre – ou presque.
De son côté, l’auteure Kim Thúy s’est bien gardée de proclamer Ru comme une autobiographie. «Ce livre-là n’est pas mon histoire. Je prends l’excuse de raconter «à travers moi» l’histoire de tous ces gens que j’ai croisés. Malgré leurs souffrances, leur immense pauvreté, il y a dans leur histoire une beauté extrême», a-t-elle déclaré l’an dernier à La Presse.
Il y a du vrai dans ce qu’elle dit, car c’est justement ce mot qui peut résumer Ru: beauté. En filigrane, il y a l’histoire, le temps, l’époque du Vietnam en guerre, de la fuite, de la vie nouvelle, mais ce qui reste de cette lecture n’est rien d’autre qu’une touchante humanité.
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