Dernièrement, j’ai appliqué à la lettre le troisième des dix droits du lecteur, élaborés par Daniel Pennac dans son livre Comme un roman: le droit de ne pas finir un livre.
Il s’agit d’une décision rarissime chez moi que celle de renoncer à un livre. Je leur donne toujours la chance qu’ils méritent, l’attention silencieuse qu’ils exigent, mais il m’arrive, dans certains cas et dans un contexte précis, de déchanter.
Au début du mois de juin, comme je vis désormais à Montréal, j’ai fait une razzia à la Grande bibliothèque. Dans mon sac, j’ai glissé La possibilité d’une île de Michel Houellebecq, qui m’intriguait depuis longtemps, un recueil de nouvelles d’un auteur coréen et deux livres de l’écrivaine canadienne Mavis Gallant, couronnée du prix Athanase-David en 2006.
À mon grand étonnement, je n’ai pu lire qu’une trentaine de pages du Houellebecq, écoeurée par le propos, l’attitude du narrateur, par l’extrême complexité de l’histoire et le néant laissé au lecteur. Le recueil de nouvelles, Les boîtes de ma femme, ne m’a pas enchantée au point où n’ai pas fini le premier récit. Quant aux deux livres de Mavis Gallant, Voyageurs en souffrance et Rencontres fortuites, j’ai laissé le premier en plan à dix pages de la fin (oui!) et le deuxième n’a pas eu de chance: après vingt pages, j’étais lassée.
Il y a des livres vers lesquels on revient, d’autres auxquels on renonce parce qu’il leur manque l’étincelle propre à la littérature que l’on aime – ou plutôt que l’on se définit. Il y a aussi des livres qui n’arrivent pas à point dans une vie; il faut savoir le réaliser et comprendre qu’ils seront peut-être, plus tard, une lecture adaptée à ces étapes que l’on franchit.
Les droits du lecteur, commentaires maison
Le droit de ne pas lire | Un livre ne vous accroche pas, son sujet vous rebute, son style vous dégoûte: laissez-le sur l’étagère, quelqu’un d’autre mettra bien le grappin dessus.
Le droit de sauter des pages | Les grandes descriptions du mouvement réaliste vous ennuient, les scènes d’embrassades vous irritent: soyez à l’aise de feuilleter un livre et de laisser votre regard scanner en biseau.
Le droit de ne pas finir un livre | Votre intérêt n’y est plus, l’émotion a disparu, le plaisir se fait rare: pas de remords, vous y reviendrez bien un jour. Sinon, tant pis, d’autres livres vous attendent, soyez sans crainte!
Le droit de relire | Plaisir premier du lecteur comblé, charmé, étonné, soufflé: lire et relire un livre écorné dont les pages portent encore la marque du plaisir.
Le droit de lire n’importe quoi | Ce qui vous tombe sous la main: un emballage de craquelins, un panneau publicitaire, un billet chiffonné, un livre égaré, des magazines périmés.
Le droit au bovarysme | Maladie transmise par Madame Bovary, célèbre personnage de Gustave Flaubert. Autrement dit, se retrouver dans un personnage au point de vivre comme lui, ses émotions comme ses déroutes et ses bons coups.
Le droit de lire n’importe où | Dans le métro, dans le bain, à table, dans le jardin, au lit, sur le plancher, la tête en bas, au chalet, dans l’avion, sur un lac. Partout, vraiment.
Le droit de grappiller | Lire l’incipit, lire la dernière phrase, lire la jaquette, faire mine de rien et lire un paragraphe de la centième page: un droit audacieux, mais un droit.
Le droit de lire à haute voix | Pour témoigner de la beauté des phrases, de la pertinence d’une histoire, de l’émotion d’un personnage. Pour dire à tout le monde que lire est une beauté.
Le droit de nous taire | Quand un livre nous chavire et que l’on veut garder ce naufrage heureux pour soi, on se tait et on savoure.
Mon préféré:
7. Le droit de lire n’importe où | Dans le métro, dans le bain, à table, dans le jardin, au lit, sur le plancher, la tête en bas, au chalet, dans l’avion, sur un lac. Partout, vraiment.
Le signe ultime que je lis un livre qui me rend vraiment accroc est quand je lis en faisant la cuisine: je profite de le petite pose entre le rissolement des oignons et l’ajout des autres légumes pour lire un ou deux paragraphe(s). Ce signe ne trompe pas héhéhé !
Mon préféré à moi c’est:
Le droit de nous taire | Quand un livre nous chavire et que l’on veut garder ce naufrage heureux pour soi, on se tait et on savoure.
Je ressens souvent ça. Quand je vis des choses que je sais que de toute façon, j’arriverais pas à utiliser des mots pour que les autres comprennent parfaitement ce que je veux dire.
Moi, mon préféré:
Le droit de lire n’importe quoi | Ce qui vous tombe sous la main: un emballage de craquelins, un panneau publicitaire, un billet chiffonné, un livre égaré, des magazines périmés.
Ça, c’est mon genre. Par exemple, je pourrais très bien lire une facture d’épicerie trouvée par terre juste pour comprendre ce que la personne a pu acheté, et pourquoi. Ou bien tomber justement sur une vielle revue et analyser les publicitées du temps, et les sujets, les photos…c et combien de fois je peux lire les emballages de bouffe…
Il y a aussi lire lire les pamphlets qui sont mis à disposition dans une salle d’attente!
Lire les petites écritures mal traduites sur les produits importés.
Lire les textes qui sont sur les gilets des gens.
Lire d’autres langues et essayer de trouver un sens dans le charabia.
C’est particulièrement drôle avec le papier qui trainait dans la salle de bain de cousine, comme en espagnol…
C’était en roumain de texte Cousino.