Quand les artistes du Québec prennent la parole, c’est parce qu’ils estiment que la cause en vaut la peine. Rappelons-nous le tollé provoqué par les compressions en culture du gouvernement Harper, en 2008, qui avait engendré la vidéo Culture en péril — dont j’avais parlé ici. Cette fois-ci, la cause des artistes dépasse le respect d’un appui à leur créativité. Cette fois, ce qu’ils exigent est le respect de notre environnement et des réticences des Québécois face à une dangereuse exploitation: le gaz de schiste.
Depuis le printemps dernier, le débat sur l’extraction de ce gaz naturel «moins polluant», encore passablement inconnu, a pris des proportions que l’on pourrait, sans se tromper, qualifier de renversantes. Audiences publiques, manifestations, émergence de lobbys, demandes de moratoire… Le raz-de-marée a pris le contrôle des médias mais la population, en plus d’être inquiète, continue de nager dans l’incompréhension.
La vidéo «Gaz de schiste: Wo!» soulève ce point: on n’en sait pas encore assez sur ce type d’exploitation pour débuter les forages sans consulter la population, quoi qu’en dise l’industrie. La pollution de l’air et, surtout, de notre inestimable vallée du St-Laurent pourraient être irréversibles, expliquent-ils dans une suite de phrases, de mots et d’images choc. Entre autres artistes, Roy Dupuis, Anne Dorval, Benoît Brière, Fred Pellerin, Élise Guilbault, Laurence Leboeuf, Mes Aïeux, Biz et Luc Picard prennent la parole pour demander au gouvernement «de s’assurer de faire les choses proprement». Et de laisser la population, au final, décider.
Au moment d’écrire ces lignes, plus de 131 200 personnes avaient visionné la vidéo sur YouTube. Réalisée par Louis Champagne et Louis Bélanger, elle invite les Québécois à signer, jusqu’au 5 janvier 2011, en faveur d’un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste dans la vallée du St-Laurent. «Pour se morater l’affaire», lance Fred Pellerin en fin de vidéo. Un peu d’humour pour faire encore mieux passer le message.
Le pouvoir des artistes
Les artistes, grâce à leur notoriété, ont une voix privilégiée. Pour la plupart informés et engagés, ils ont une influence impossible à nier sur notre subjectivité collective. Si les médias détiennent le «quatrième pouvoir», comment pourrait-on alors définir celui qu’ont les comédiens, les auteurs, les compositeurs, les réalisateurs sur la conscience d’un peuple? Les artistes n’ont peut-être pas l’économie derrière eux, mais ils ont mieux. Ils ont la confiance du peuple parce qu’ils n’ont aucun intérêt à défendre, sinon celui de la liberté d’expression.
Que pensez-vous de cette prise de position devant l’exploitation des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent? Croyez-vous que les artistes ont le pouvoir de secouer le gouvernement, de rallier la population en droit d’exiger un ralentissement du processus? La tribune est à vous.
Histoire de vous documenter sur le sujet, Radio-Canada a vulgarisé le dossier, tandis que Le Devoir suit à la lettre les débats. L’Agence Science-Presse, quant à elle, a planché sur un ABC du gaz de schiste, et le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a mis en ligne un document expliquant le développement du gaz de schiste au Québec.
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Radio-Canada